
Histoire de la société des vétérans polonais
Nos membres fondateurs et les débuts de l’organisation
À la fin de l’année 1929, le krach de la Bourse de New York a déclenché la période connue sous le nom de la « Grande Dépression », ou simplement « la crise », comme on l’appelait en Europe. À Montréal et dans les environs, plus de 40 % de la population était sans emploi. Lorsque les conservateurs dirigés par R. B. Bennett sont arrivés au pouvoir en 1932, le nouveau Parlement a approuvé un budget de 20 millions de dollars pour des travaux publics. Ainsi, le Canada a précédé de plusieurs mois le « New Deal » de Roosevelt. Les prestations de chômage et l’assurance sociale ne furent toutefois adoptées qu’en 1940. Plus tôt, en 1933, la CCF (Cooperative Commonwealth Federation), un nouveau mouvement fondé à Regina, s’engageait dans son manifeste à « éradiquer le capitalisme » et à instaurer la justice sociale.
À la charnière des années 1920 et 1930, la communauté polonaise de Montréal comptait environ 10 000 personnes. Elles vivaient principalement autour de la rue Frontenac et de Pointe-Saint-Charles. La crise les toucha plus durement que d’autres. Les premiers à être congédiés furent les nouveaux arrivants et les ouvriers non qualifiés. Ceux qui conservaient un emploi furent contraints de réduire volontairement leur salaire. Julian Topolnicki, un activiste communautaire bien connu, se souvenait que, travaillant comme nettoyeur de wagons à la gare du Canadien National (CNR) à Lachine, il avait réduit son salaire de 30 à 24 cents de l’heure. Il gagnait 1,92 $ par jour, soit 11,52 $ par semaine pour six jours de travail. D’autres étaient sans emploi et sans moyens de subsistance. Marcin Furman, un autre militant reconnu, racontait que l’été ils dormaient sur le mont Royal, et l’hiver ou par mauvais temps à la gare du CNR.
Les Polonais se rassemblaient souvent dans la Maison polonaise récemment acquise de la Société de l’Aigle blanc lorsqu’ils souhaitaient parler en polonais, se plaindre, demander conseil ou échanger des idées. On y rencontrait fréquemment le capitaine de réserve Ludwik Wiktor. Arrivé à Montréal en 1926, le capitaine du génie Ludwik Wiktor travaillait comme ingénieur chez Dominion Engineering et offrait volontiers conseils et assistance. Au fil de nombreuses rencontres, conversations et plaintes, l’idée de créer une organisation regroupant d’anciens soldats prit forme. La plupart des participants à ces « discussions nocturnes » étaient d’anciens militaires venus au Canada à la recherche d’un avenir meilleur. De ces échanges émergea le premier groupe d’organisateurs de la Société des Vétérans Polonais : le capt. Ludwik Wiktor, Piotr Budzik, Kazimierz Czapski, Tadeusz Kociszyn, Józef Morganty, Antoni Piątkowski, Stefan Sękowski et Florian Szuszkowski. Vingt-deux autres Vétérans Polonais, habitués de la Maison polonaise de la Société de l’Aigle blanc, se joignirent par la suite à ce groupe.
Le dimanche 21 septembre 1930, après la sainte messe, un groupe d’anciens soldats se réunit à la Maison polonaise de la rue Frontenac. Lors de cette première assemblée, ils approuvèrent la création de la Société des Vétérans Polonais.
Les membres réunis élurent le premier conseil d’administration de la nouvelle Société:
Président – capt. Ludwik Wiktor ;
Vice-présidents – Eugeniusz Michaelis de Henning et Antoni Piątkowski ;
Secrétaire – Stanisław Batowski ;
Trésorier – Florian Szuszkowski.

Comment nous avons reçu notre nom
Lors d’une réunion de l’Association des anciens combattants polonais tenue le 22 mai 1933, Julian Topolnicki proposa une motion visant à ajouter les mots « du maréchal Józef Piłsudski » au nom de l’Association des anciens combattants de guerre polonais. La motion fut adoptée à l’unanimité un appel formel fut adressé au Maréchal en Pologne. La réponse du Maréchal parvint rapidement : il accepta avec joie et satisfaction le patronage de l’Association.
Peu après, le projet de bannière de l’Association fut approuvé. Celle-ci fut cousue et brodée à Varsovie pour la somme de 60 dollars. La bannière arriva à Montréal le 18 mars 1934, le jour des célébrations de la fête du prénom du Maréchal.
Treize mois plus tard, les membres de l’Association participèrent à une messe commémorative pour le repos de l’âme du maréchal Józef Piłsudski, décédé le 12 mai 1935. Depuis lors, chaque année au mois de mai, les membres de l’Association prennent part à une messe célébrée à l’intention de notre Patron et des membres défunts de notre organisation.

La Seconde Guerre mondiale et l’après
Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les membres de l’Union, Kazimierz Czapski et Julian Topolnicki, dirigeaient le Fonds de défense nationale à Montréal. En juillet 1939, les anciens combattants avaient collecté 640 $, auxquels ils ajoutèrent 100 $ de leurs propres fonds.
Après le début de la guerre, la Société des Vétérans Polonais participa aux efforts de secours. En 1940, la Société alloua plus de 1 500 $ pour des colis de cigarettes destinés aux soldats en Angleterre et en France, envoyés par l’intermédiaire du Comité de secours. Dans les années suivantes, elle expédia des colis aux soldats polonais au Moyen-Orient et en Angleterre, ainsi qu’aux enfants polonais.
Pendant la guerre, de nombreux spécialistes polonais arrivèrent à Montréal : ingénieurs et techniciens employés dans l’industrie de l’armement, et aviateurs assurant le transport de bombardiers vers les fronts en Europe et en Afrique dans le cadre du Ferry Command. Rien qu’à Montréal, plus de 500 ingénieurs polonais étaient présents. Des commandants polonais passèrent également par la ville : le général Bronisław Duch, qui organisait les unités volontaires polonaises en 1941 et 1942 ; le général Haller en 1941 ; le général Władysław Sikorski en 1941, 1942 et 1943 ; et le général Kazimierz Sosnkowski, qui s’installa définitivement en 1944.
Durant cette période, les membres de la Société ont commencé à envisager l'acquisition d'un bâtiment et une résolution a été adoptée le 8 février 1942 pour lancer les démarches. Ce n'est toutefois que le 11 février 1945 que l'immeuble situé sur la rue Prince Arthur Est fut acheté, pour la somme de 42 500 $. Malheureusement, quatre ans plus tard, un incendie a détruit une partie de l'édifice, y compris la première bannière de la Société ainsi qu'une partie de la bibliothèque.

Après la reconstruction de 1950, de nombreuses organisations polonaises, telles que le Congrès polonais canadien, la section n° 7 de l'Association des combattants polonais, la Société des techniciens polonais, l'Armée de l'intérieur, l'escadron 310 de l'Association de l'Armée de l'air de Wilno, la chorale « Lachman » et même une école polonaise, ont trouvé refuge dans les locaux de la Société. De plus, la reconstruction a permis la location d'espaces supplémentaires, ce qui a permis à la Société de devenir financièrement indépendante et d'apporter un soutien financier à d'autres organisations polono-canadiennes. La Société a également aidé les nouveaux arrivants, notamment les anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, en leur offrant une aide financière précieuse et indispensable à l'époque.
Jubilé du 50e anniversaire : 1930–1980
La vie d’une organisation se mesure à ses anniversaires : jubilés de 10, 15 et 25 ans. En 1955, le 15e anniversaire de l’Union des anciens combattants fut célébré modestement. La date du jubilé tombait à une période difficile : dix ans après l’achat de la Maison sur la rue Prince-Arthur et six ans après l’incendie. En raison de cet incendie, peu d’informations subsistent sur la manière dont ces anniversaires ont été célébrés.
Vingt-cinq ans plus tard, en 1980, l’Union des anciens combattants polonais célébra son 50e anniversaire, marquant ainsi un demi-siècle d’activité. À la demande du conseil d’administration, Tadeusz Sypniewski prépara un Livre du Jubilé pour le 50e anniversaire, 1930–1980. Cette publication de 40 pages contient la liste des membres vivants et décédés, ainsi que celle des conseils d’administration et l’histoire de l’Union des anciens combattants.
En mai 1985, le 50e anniversaire de la mort du maréchal Józef Piłsudski fut également commémoré. À l’invitation du conseil, le Dr Wanda Piłsudska, fille du maréchal, visita Montréal.
Une nouvelle orientation : l’avenir
Dans les années 1960 et 1970, la rue Prince-Arthur fit l’objet d’importants travaux de réaménagement. Elle fut fermée à la circulation automobile et transformée en une longue promenade piétonne de plusieurs pâtés de maisons. Parallèlement, les rez-de-chaussée des immeubles résidentiels commencèrent à être convertis en restaurants, bars, discothèques et commerces spécialisés. L’été, après-midi et soirées étaient animés par le bruit des clients des restaurants, principalement grecs et italiens, avec une touche d’exotisme et incluant le traditionnel « Mazurka » polonais.
En conséquence, la valeur de l'édifice des Vétérans augmenta, mais aussi la taxe foncière municipale. Malheureusement, le développement de la Société ne suivait pas celui de la rue Prince-Arthur, bien au contraire.
On craignait de plus en plus que la Société cesse lentement et inévitablement d’exister. Un Comité statutaire, élu par l’Assemblée générale – M. Kubacki (président), J. Rawicz, F. Kwasiborski, F. Szuszkowski, A. Nachaj, M. Studenny et W. Jankowski – se donna pour mission de renverser ce déclin. Le Comité proposa une résolution audacieuse : la seule chance de survie de l’Union consistait à modifier l’article III du Statut pour permettre aux épouses et aux enfants des anciens combattants de devenir membres à part entière. Le Comité proposa également de supprimer la limite d’âge pour les nouveaux membres, permettant ainsi à toute personne de plus de 65 ans de rejoindre la Société.
Cette résolution courageuse fut adoptée à l’unanimité le 11 octobre 1981. Parallèlement, le paragraphe 12 de l’article XII fut modifié comme suit : « La Société ne peut être dissoute tant qu’au moins treize (13) membres en font partie. En cas de dissolution, tous les biens de la Société formeront la Fondation du maréchal Józef Piłsudski à Montréal. L’objet et le Statut de cette Fondation seront élaborés par un Comité élu par les membres de la Société. »
À la fin des années 1980, un changement de leadership s'est produit. De nouvelles personnes, des activistes communautaires expérimentés, ont pris les rênes et ont introduit de nouvelles idées et activités sociales, le nombre de membres a augmenté et une nouvelle ère de croissance et de développement a commencé sous la direction du président Konstanty Januszkiewicz et s'est poursuivie avec ses successeurs au cours du nouveau siècle.
Le nouveau millénaire
Au début des années 2000, l'édifice de la Société commençait à montrer des signes de vieillissement et nécessitait d'importantes rénovations. Les travaux de restauration ont débuté en 2007 sur un mur extérieur, suivis d'un plan par étapes pour les travaux restants sous la direction du nouveau président Jozef Foltyn : la reconstruction du deuxième mur a été achevée en 2015 et celle d'un troisième mur en 2020, pendant la période difficile de la pandémie de COVID-19, la phase finale, la restauration de la façade du bâtiment, devant commencer prochainement.
Durant son mandat de président, Jozef Foltyn a également encouragé de nombreux nouveaux membres à se joindre à l'organisation et a travaillé sans relâche pour accroître la visibilité de la Société au sein de la communauté, en particulier auprès de la plus jeune génération de Canadiens d'origine polonaise, en organisant des présentations éducatives par des « témoins de l'histoire » avec des écoliers et des jeunes, ainsi qu'en créant une exposition permanente d'uniformes et de souvenirs militaires polonais, donnés par nos membres et leurs familles.
AUJOURD'HUI ET AU-DELÀ
Aujourd'hui, sous la directions du président Andrzej Okoniewski, la Société des Vétérans Polonais continue d'être guidée par sa mission, et bien que nos anciens combattants disparaissent graduellement, les traditions militaires de la Société restent toujours présentes. Les familles de nos anciens combattants participent activement à la gestion de la Société et de nouveaux membres se joignent à ses rangs : des Canadiens d'origine polonaise ayant servi dans les Forces armées polonaises et résidant maintenant au Canada, des Canadiens d'origine polonaise servant dans les Forces armées canadiennes, ainsi que des membres de familles d'anciens combattants polonais.
La salle de réunion de la Société continue de servir de lieu de rassemblement pour ses membres et accueille des initiatives éducatives et culturelles en partenariat avec d'autres organismes communautaires, notamment des conférences historiques, des lancements de livres, des projections de films, des remises de bourses d'études et des activités étudiantes.






